Mais il y a le corps !


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Phrase clé de « Mais Il Y a le Corps ! » de B. de Peufeilhoux : « Mon Corps. Cette terre qui porte mon nom. Une terre dans laquelle j’ai à apprendre à naître, à vivre, à vieillir et à mourir. »

En tant que psychomotricienne, ce livre m’a évidemment beaucoup « parlé ». Ce clivage corps / tête que nous pratiquons au quotidien nous dessert largement. C’est comme si on avait divisé notre maison en deux. L’oubli de notre corps comme élément à part entière avec ses désirs, ses cris et ses (vrais) besoins nous fait perdre pieds. On sert notre tête en accédant à tous ses désirs et on délaisse notre corps en oubliant ses besoins. Et pourtant notre corps est au coeur de chaque relation. Chaque jour je vois combien cette négligence engendre des troubles physiques et une détresse psychologique.

Mon Corps. Cette terre qui porte mon nom

Du moment où l’on met le nez dehors (ou le pied ou la tête d’ailleurs), on nous façonne. L’extérieur influence notre développement et attend avec acharnement que l’on réponde à ses désirs plutôt que de nous accompagner à devenir nous-même. L’ennuyeux est que tous ces comportements ainsi mis en place vont former une bien belle armure bien solide. Evidemment elle nous mettra à l’abri de diverses souffrances, mais elle nous empêchera également de nous approcher de nous-même.

Un jour, on prend conscience que ce déguisement a pris la place de notre apparence propre, de ce que nous sommes vraiment. C’est à ce moment que l’on décolle pour un voyage particulier, celui qui nous mène à « cette terre qui porte notre nom ». Pas à pas nous allons réaliser notre capacité à analyser et comprendre ; que nous pouvons agir et faire passer notre savoir. Au fur et à mesure, les émotions referont surface pour nous ouvrir à l’intimité de nous-même et aux autres. Oser un regard ou une main pour dire je t’aime avec tendresse redevient possible. Enfin se rendre compte que l’on apprécie le changement, parce qu’il est la marque de la vie. Je vous confie d’ailleurs ce poème sur le sujet, de Jean Debruynne : Naître.

« L’essentiel se trouve dans la qualité de présence que nous avons à nous-même et celle-ci semble bien dépendre de notre capacité à descendre au coeur de nous-même. »

Des Pieds pour s’enraciner

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La Terre nous nourrit et nous abreuve, elle nous permet de respirer, elle nous supporte et nous retient. Il est donc indispensable que l’on communique correctement avec elle. Est-ce que vous vous mettriez en froid avec votre seule et unique fournisseur ? Nos pieds semblent être les mieux placés pour pratiquer cet exercice ! Et pourtant, ils sont sujets à diverses railleries : « tu es bête comme tes pieds », « il a une forme un peu bizarre », « mes orteils, on dirait des petits boudins »… Bref. Mais rien ne remplacera le fait que tout démarre de lui : « se lever du bon pied », « retomber sur ses pieds », « avoir le pied à l’étrier »… J’ai une mention spéciale pour le fait de prendre son pied !

En réflexologie plantaire, le corps tout entier se reflète sous la voûte. C’est sûrement pour cela qu’un massage des pieds est si reposant et constitue un atout majeur pour la santé. « Cette prise de terre » permet plus haut le véritable face-à-face avec l’autre. Impossible d’être là et entièrement avec l’autre, sans avoir ses deux pieds bien ancrés dans le sol.

Prenons l’exemple du bus. Il fait froid ce matin et le vent souffle avec de légères gouttes cinglantes.  Vous attendez à la station, recroquevillé dans votre manteau, les oreilles dans le col, les mains dans les poches. Vous maugréez. « C’est pas possible de faire aussi froid. Mais c’est quoi ce temps de m… »  En plus, vous devez vous tenir droit pendant ces longues minutes d’attente sur des talons ou dans des chaussures si peu adaptés à votre statut d’Homme debout. Et l’avenue, elle est bouchée, comme d’habitude. « Mais ils peuvent pas faire quelque chose à la mairie pour désencombrer ! »… Et si vous marchiez ? Et si, en plus du but de votre trajet, vous profitiez de l’espace et du temps qui vous est offert. Vous passeriez alors de la condition de victime à celle d’acteur. Ça change beaucoup de choses. Et la marche oxygène le cerveau, il sécrète alors des endorphines. Cela libère des idées obsédantes et bien trop souvent négatives.

Vos premiers pas en tant que bébé vous ont mené vers l’indépendance. Vos pieds vous portent là où vous voulez aller, ils sont les détenteurs de votre liberté de bouger. Ils s’enroulent et se déroulent, décollent.  Cependant ils supportent l’enfermement, ne sentent plus que des semelles… bientôt incapables d’être à plat. Je me souviens d’un jogging sur une plage. Je portais aux pieds une paires de baskets et je faisais très attention à ne pas les tremper à l’arrivée des vagues. Mais évidemment, une minute d’inattention et plouf. Rage. Puis, soleil, sable, océan… Je dis constamment que je veux me rapprocher de la nature. C’était le moment de le prouver. J’ai retiré mes chaussures pour les nouer autour du cou. Des millénaires d’humains ont couru pieds nus, pourquoi pas moi ? Les sensations au début étaient désagréables. Ça m’a demandé de recaler différentes parties du corps, me déshabituer. Mais très vite, le mouvement de la course et les vagues qui venaient rafraîchir mes pieds et mes mollets, ont fait de ce moment une expérience retrouvée. Un moment vrai.

Un dos pour s’appuyer

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Avez-vous remarquez ? On ne parle de lui que lorsqu’il nous fait mal, quand on en a plein le dos.

Ce dos, enroulé contre le ventre de sa mère, reçoit beaucoup d’informations de l’extérieur. Ce bassin, dans lequel on a trouvé la force pour se mettre debout. Cette colonne qui nous a fourni « le secret de l’équilibre ».  Et le chef, cette tête droite qui détient notre discernement. Notre dos, qui de la ceinture lombaire (stabilité, force), à la ceinture scapulaire (relation, communication, respiration) et enfin au crâne (intelligence, jugement) nous permet de nous tenir là. Je suis alors au centre de moi-même, physiquement mais aussi dans l’esprit.

Si mon dos est voûté  je me présente comme une victime. Si mes épaules sont trop en arrière, je suis envahisseur. Si par contre je trouve la juste ouverture de mon thorax, j’offre aux autres des « bras capables de se tendre pour recevoir sans prendre, donner sans imposer, de prendre dans les bras sans enfermer, d’exprimer de la tendresse. » 

Je favorise également une bonne respiration et permet une circulation libre de mon énergie dans tout mon corps.

Parfois, mon dos est fatigué. Je dois alors être capable de le poser au sol.  Je l’enroule et le déroule avec soin quand il se réveille. Je peux également l’abandonner à des mains expertes qui m’aideront à reprendre le fil de mon histoire et comprendre ma situation présente.

Des mains pour entendre et dire

 80% de la communication se fait de manière non verbale.

Certaines mains s’imposent en délimitant leur territoire. D’autres frappent comme un parent autoritaire, ou  se servent de l’autre pour leur propre plaisir. Des mains manipulent celui ou celle qu’elles devaient justement porter, comme le corps d’un patient. Sous ce genre de mains on a peur et on se paralyse, on s’enferme.

Il est plus difficile de se sentir exister en étant mal ou pas du tout touché. Mais il existe des mains attentives et aimantes. « Qui ne commandent pas, qui ne demandent pas. Qui sont simplement là. » Les mains de quelqu’un de capable qui peuvent « ‘aider à redéfinir son territoire » et entendre ce que les mots ne savent pas dire.

Ses mains-là touchent tes mains et tu peux de nouveau donner et recevoir. Elles touchent tes pieds pour que tu les habites. Elles touchent ton dos pour que tu te rapproches de ton histoire. Ton ventre et elles t’invitent au centre de toi-même. Elles touchent ton visage pour qu’il parle de ta profondeur et des richesses de ta terre.

Une voix qui accompagne

La voix est une vibration. Elle peut donner envie d’écouter ou de se terrer. Elle peut inciter à dire ou bien à se taire. Il convient de savoir faire écho à cette onde intérieure ou extérieure. Au fur et à mesure de l’enseignement, « nous avons découvert l’art de raisonner, laissant s’atrophier en nous cette capacité à résonner. » Et c’est d’ailleurs en faisant les deux que les mots deviennent parole.

Il arrive que des personnes dites démentes, ne parlent plus. Le raisonnement a quitté leur esprit pour les laisser dans un mon de résonance. Elles sont d’ailleurs très sensibles à l’atmosphère, aux frémissements et aux couleurs, à l’humeur des personnes autour d’elles.

Un regard qui fait naître

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C’est plus la manière dont on porte son regard, un autre regard. Et en premier lieu sur soi-même et son histoire afin de l’alléger du surplus. Faire la différence entre l’utile et le futile. Prendre chaque pièce et la replacer pour construire le puzzle de sa vie. Tout ce ménage ne peut se faire qu’avec objectivité, sans se juger.

Le regard est la fenêtre de notre être. A nous de choisir si l’on porte un loup et si l’on se ballade nu au milieu du carnaval de la société.  Si l’on apprend à tempérer son regard, à autoriser le face-à-face et à faire vibrer sa clarté, on se met à vivre dans un monde plus grand, plus durable. Plus qu’un savoir-faire, c’est un savoir-être. « Regarder et se laisser regarder« . Quand l’avez-vous fait pour la dernière fois ? « Arrêter de posséder et se laisser nourrir ». S’adonner à la contemplation et au silence est un autre regard. C’est se donner la possibilité de faire sien l’immensité de l’océan, de la montagne ou du désert.

Un souffle qui fait vivre

Lorsque j’inspire, je rempli. Je me redresse et je m’ouvre vers l’extérieur. Je libère en moi le Désir. Lorsque j’expire, je creuse. Je relâche les tensions, mes angoisses et mes murs. Je prend le temps du Plaisir.

Les deux sont intimement liés et s’allonger dans ce mouvement, c’est suivre la vague qui mène d’un rivage à l’autre.

Ce que nous faisons la plupart du temps, c’est retenir l’inspiration. Nous ne prenons pas l’air profondément et n’utilisons que le haut de nos poumons. On reste en surface, là où l’on pense être le plus en sécurité. Ainsi nous ne pouvons aller chercher au fond du sac ce que l’on a bien caché et le libérer… ou plutôt se libérer. Mais ne nous leurrons pas, ce cul de sac va durcir et plus on attend, plus il est douloureux et long de descendre pour remonter la lie. Ce que nous prenons à un moment donné doit être partagé et utilisé.

« Un être humain c’est une forge ; il faut que toute choses deviennent feu, chaleur et lumière, sinon on s’engorge, on s’empâte. C’est pareil pour les idées, les images que les gens absorbent; ils encombrent leurs cervelles de parasites qui pompent les forces vives, la douceur de l’âme. […] c’est comme cela qu’on se prive de légèreté et de voyance et que le monde a si froid. » Jean Sulivan

A toi mon corps

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Notre corps ne peut être en constant mouvement. Même au coeur de notre respiration, il y a des temps de pause. Notre terre doit parfois être en friche pour créer de nouveau. Il est donc important d’apprendre à ne rien faire, en ne réfléchissant pas, même si l’on reste attentif.

     Je rajouterai en conclusion que chacun a son corps propre. Ça a l’air tout bête de prime abord mais cela signifie qu’il n’y a que vous pour savoir, pour sentir… Lorsque je prend en charge des patients dont le corps est une pelote de laine bourrée de noeuds, je ne peux pas savoir à l’avance où ça va bloquer. J’ai besoin de ses lumières pour l’accompagner au mieux. Nous ne pouvons pas attendre de l’extérieur qu’il nous guérisse (je ne parle pas de virus ou de grosses maladies mais surtout de maladie chronique comme le mal de dos par exemple), il peut seulement être une béquille.

Je serai heureuse de savoir à quelle partie du corps cela vous parle. Si ces mots font écho dans une émotion ou une sensation. N’hésitez pas à me laisser vos commentaires et vos comment taire !!!

 

B. de Peufeilhoux :

« Après des études de philosophie et de psychologie, Bernard de Peufeilhoux est devenu psychothérapeute formé au langage du corps et aux techniques psycho-corporelles. Il a animé pendant longtemps des stages de communication et d’expression corporelle. Aujourd’hui il assure des formations sur le toucher, l’agressivité, l’accompagnement des personnes désorientées ou en fin de vie, auprès de médecins et de soignants, dans les hôpitaux, longs séjours, maisons de retraite. Il continue d’assurer des psychothérapies. »

 

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